La science au service de la pratique
Évaluer les perspectives des haltérophiles
Résumé français de Tyazhelaya Atletika. Ezhegodnik 1984 (Moscou : Fizkultura i Sport, 1984), p. 49–53 : le texte est une paraphrase, non une traduction ; les illustrations sont les images originales.
Les résultats augmentent chaque année ; la sélection des haltérophiles les plus talentueux prend donc de plus en plus d'importance. L'avenir d'un haltérophile peut se juger d'après la progression de son total ; les gains annuels, c'est-à-dire le développement rapide et continu des qualités vitesse-force, sont considérés comme l'indicateur le plus informatif. De nombreuses études ont suivi les résultats en fonction de l'ancienneté d'entraînement, mais on commence aujourd'hui l'haltérophilie à des âges très divers ; la pratique doit donc savoir comment les résultats évoluent selon l'âge de début. C'est l'objet de cet article.
Matériel
Nous avons analysé la progression de 131 haltérophiles de haute qualification de dix catégories de poids de corps, ayant concouru en 1979–1982 : 42 dans les catégories légères (52–67.5 kg), 35 dans les moyennes (75–82.5 kg) et 54 dans les lourdes (90 kg et plus). Cinq (3.8 %) avaient commencé à 11–12 ans, 36 (27.5 %) à 13–14, 51 (38.9 %) à 15–16, 24 (18.3 %) à 17–18 et 15 (11.5 %) à 19–21. L'analyse a porté sur l'ensemble du groupe, sur les 31 qui sont devenus par la suite détenteurs de records du monde (11 légers, 8 moyens, 12 lourds ; un avait commencé à 11 ans, neuf à 13–14, dix à 15–16, huit à 17–18 et trois à 19–20), sur les 100 autres, et sur les groupes de poids de corps séparément. Les totaux ont été convertis en unités conventionnelles (u.c.) par le tableau de points de M. V. Starodoubtsev (1981) et traités par ordinateur.
Résultats
L'âge moyen de début était de 15.6±2 ans pour les 131, et le même pour les détenteurs de records et les 100 autres, mais il différait selon les groupes : 17±2.2 dans les catégories légères, 15±2.1 dans les moyennes et 15±1.7 dans les lourdes. Le résultat après la première année, que nous appelons résultat initial, était en moyenne de 183 u.c. pour les détenteurs de records et de 175 u.c. pour les autres (pas de différence significative), soit à peu près un total de classe III.

La fig. 1 montre que les détenteurs de records (courbe A) et les 100 autres (courbe B) ont progressé de façon identique, avec des gains égaux, pendant les quatre premières années. À partir de la cinquième année, les détenteurs de records ont gagné davantage, et à la fin des années 5, 6, 7, 8, 9 et 10 ils avaient une avance de 20, 27, 36, 44, 51 et 56 u.c. En kilogrammes, l'écart à la fin de l'année 10 est de 27.5 kg dans la catégorie des 56 kg, de 37.5 kg à 82.5 kg et de 42.5 kg à 110 kg. Les résultats des détenteurs de records ont progressé pendant 11 ans en moyenne, ceux des autres pendant 10. La plupart des haltérophiles (environ 39 %) ayant commencé vers 15.6 ans, les détenteurs de records ont atteint leur sommet vers 27 ans.
La courbe de croissance maximale (C sur la fig. 1) a un autre aspect. Les gains sont particulièrement importants les deux premières années : 237 u.c. après la première année, soit à peu près la classe II, plus 62 u.c. la deuxième année. Les années 3 et 4 donnent des gains égaux, et à partir de l'année 5 les gains sont légèrement inférieurs à la moyenne des détenteurs de records. Ces haltérophiles montrent donc leur capacité de croissance maximale au cours des deux premières années, atteignant 299 u.c. à la fin de l'année 2 : des totaux de 207.5 kg à 56 kg, de 290 kg à 82.5 kg et de 320 kg à 110 kg, ce qui satisfait aux normes de candidat Maître des sports de la classification 1981–1984. Ces athlètes atteignent des résultats de record bien plus tôt.

La fig. 2 montre les groupes de poids de corps, avec un âge moyen de début de 15 ans. Les haltérophiles légers ont un résultat initial bien plus élevé après la première année (environ 200 u.c. contre 160 pour les moyens et les lourds) et restent légèrement au-dessus du groupe moyen chaque année, bien que la différence se réduise, à seulement 4 u.c. (2.5 kg) aux années 8 et 9. Les lourds, à égalité au départ, prennent peu à peu du retard sur le groupe moyen, d'environ 8 u.c. (5 kg) à la fin des années 7, 8 et 9. Les légers atteignent donc un résultat donné plus tôt que les poids moyens, et les lourds plus tard : 343 u.c. sont atteints par le groupe moyen à la fin de l'année 5, par les légers à 4.5 ans et par les lourds à 5.5. De l'année 3 à l'année 8, les légers ont environ six mois d'avance sur le groupe moyen, plus tard 4 mois. Les lourds accusent un retard croissant après l'année 5, de 6 mois à un an à l'année 10 ; les 400 u.c. que les poids moyens atteignent à la fin de l'année 9 viennent aux lourds à la fin de l'année 10. Ces données confirment et complètent V. S. Kopyssov et P. A. Poletaev (1979).

Plus l'âge de début est jeune, plus le résultat des premières années est faible, et plus il est avancé, plus il est élevé (fig. 3). Après la première année, ceux qui ont commencé à 13.6 ans ont en moyenne 72 u.c. de retard sur ceux qui ont commencé à 17.6 ; après la cinquième année, 18 u.c. Les performances s'égalisent après huit ans (à l'année 9), avec une différence de seulement 6 u.c., soit de 2.5 kg à 56 kg à 5 kg à 110 kg.
Les plus jeunes gagnent beaucoup plus dans les premières années, tandis qu'à 20–22 ans les gains sont d'autant plus faibles que le début est précoce. Pour ceux qui ont commencé à 13.6 ans, les gains sont de 73 u.c. à la fin de l'année 2, de 47 à l'année 3 et de 42 à l'année 4 ; pour ceux qui ont commencé à 17.6, de 41, 37 et 34. Aux années 5, 6 et 7, la différence n'est que de 4 u.c., et à partir de l'année 8 les gains sont pratiquement égaux.
Utilisation pratique
La fig. 3 peut servir à juger des performances et des perspectives futures. On ne peut attendre d'un haltérophile dont la croissance est bien en retard sur ces moyennes qu'il devienne détenteur de records. S'il suit le rythme, ce n'est qu'après quatre ans que l'on peut dire s'il peut atteindre le sommet, selon qu'il atteint ou non les résultats optimaux des détenteurs de records à la fin des années 5 et 6, en tenant compte du groupe de poids de corps.

La planification exige de connaître les gains possibles par année d'entraînement (fig. 4). Les gains d'un individu ne suivent pas la figure année après année : ils peuvent y correspondre pendant deux ou trois ans, puis passer en dessous, et certaines années la dépasser largement, jusqu'au maximum (courbe B). En moyenne, la croissance s'achève à l'année 11, avec un gain de 17 u.c. sur les années 8–11, mais un haltérophile peut gagner 20 u.c. à l'année 9, 12.5 à l'année 10 et 7.5 à l'année 11. Un haltérophile qui n'a pas eu le gain optimal les deux années précédentes (393 u.c. contre la moyenne de 411 à la fin de l'année 8) peut ajouter 35 u.c. plutôt que 17 et atteindre 428 u.c. à l'année 11.
De hauts résultats ont été atteints aussi bien par ceux qui ont commencé à 13–15 ans que par ceux qui ont commencé à 18–20 ans. La croissance rapide a duré huit ans, puis a ralenti et s'est arrêtée en moyenne après onze. Certains haltérophiles légers qui avaient commencé à 18–20 ans, et certains de 100 kg et plus, se sont améliorés pendant 12–14 ans. Le matériel permet ainsi de prévoir les totaux futurs selon la catégorie et l'âge de début, et d'évaluer les perspectives.
Taille
La taille compte, et elle a changé depuis que le développé a été retiré de la compétition. Tailles moyennes de nos 131 haltérophiles : 52 kg, 153.8 cm ; 56 kg, 155.7 ; 60 kg, 157.7 ; 67.5 kg, 161.3 ; 75 kg, 164.9 ; 82.5 kg, 168.6 ; 90 kg, 172 ; 100 kg, 177 ; 110 kg, 181.9 ; 120 kg, 186.8 ; 130 kg, 191.6 (corrélation du poids et de la taille 0.891). La taille a augmenté dans toutes les catégories sauf celle des 90 kg, moins dans les catégories 67.5–82.5 kg et plus dans les extrêmes, 52–60 kg et 100 kg et plus.